Quelles perspectives pour intégrer les artisans à la commande publique ?

publié le 15 oct. 2018 à 03:36 par jérémie Embareck   [ mis à jour : 15 oct. 2018 à 03:37 ]
L'intégration des PME est une priorité mondiale quand il s'agit de la commande publique. Mais quand on parle "PME" on a tendance à oublier celles et ceux qui ont fait de l'artisanat leur métier et qui présentent également des capacités, certes plus modestes, mais des compétences alignées avec les achats de la commande publique.

Si de nombreux efforts ont été réalisés pour permettre aux entreprises nationales (au sens réellement détenues par des nationaux) d'accéder à la commande publique avec de sérieuses chances de gagner, rien n'a réellement été fait pour tenter d'intégrer les artisans. Mis à part quelques déclarations d'intentions non suivies d'effet réel. La faute sans doute aux priorités du moment que sont les grands travaux d'infrastructure ou de construction de bâtiments.

Mais, loin des chantiers et projets titanesques dévolus par exemple sous forme de PPP, quid de la participation des nombreux artisans dans les processus de la commande publique ? Souvent réduit à la création artistique ou aux souvenirs pour touristes, l'artisanat africain dispose pourtant de sérieux atouts dans tous les corps d'état. Electricité, plomberie, maçonnerie, peinture, taille de pierre, aménagement intérieur, installation de génie climatique, mécanique, sans oublier les services informatiques, autant de secteurs où se bousculent les talents.

Cependant, commande publique oblige, les processus de dévolution des marchés supposent la préparation de dossiers d'offres, de maîtrise de clauses contractuelles souvent complexes, le tout, encadré par des délais souvent contraints. De nombreuses initiatives de formation aux textes et obligations liés à la commande sont régulièrement organisés à destination des artisans. Plus récemment, l'ARMP du Sénégal a justement mené ce type d'initiative. 
Toutefois, les obstacles rencontrés par les artisans pour participer aux processus ne seront pas effacés avec une ou deux journées d'explications sur le fonctionnement d'un code ou d'une loi.
En effet, comment faire pour participer à un appel d'offres si l'on passe ses journées à assurer les chantiers en cours, à rechercher de nouveaux clients, à recruter du personnel ou encore, si l'on ne sait ni lire ni écrire ? 

Autant de barrières inhérentes à l'activité des artisans qui ne pourront être gommées sans des textes législatifs dédiés et pertinents afin d'offrir un accès direct à ces acteurs économiques qui, au-delà d'un savoir faire et de la réalisation de travaux ou la production de services, occupent une fonction sociale primordiale et un rôle majeur dans le développement économique. 
Cela suppose, pour les maîtres d'ouvrage publics, de mettre parallèlement en oeuvre des démarches de sourçage, de pédagogie sur les attentes du secteur public vis à vis de ses fournisseurs et des objectifs recherchés en terme de qualité, de délais de réalisation, de respect des coûts. 

Certains marchés se prêtent particulièrement à la constitution de panels fournisseurs que les maîtres d'ouvrages publics peuvent mettre en concurrence rapidement et facilement sur la base de simples demandes de devis auprès des entreprises sélectionnées. On peut citer les prestations de petits travaux de réparation, de maintenance de locaux, de dépannage automobile, de nettoyage de fin de chantier, ou encore les domaines où l'innovation locale a su développer les outils adaptés à la population...

Pour offrir des perspectives sérieuses de participation à la commande publique aux artisans, les réglementations africaines relatives aux marchés publics doivent relever un défi et développer des processus spécifiques, adaptés à la réalité économique de leur pays, sans se borner à copier ou transposer des réglementations étrangères. La prochaine refonte des textes applicables à l'espace l'UEMOA pourrait servir de parfait laboratoire pour tenter de remplir cet objectif.
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